7 à la une : une certaine image des quartiers populaires…

Suite à la diffusion, ce samedi 21 mars 2015, d’un reportage sur la manifestation du 15 mars par l’émission 7 à la Une sur la RTBF, la Campagne Stop Répression a décidé de réagir par ce communiqué

Lorsque nous avons constaté la présence de l’équipe de 7 à la Une au point de départ de la manifestation du 15 mars dernier, nous ne nous faisions déjà pas d’illusions quant au contenu du reportage qui suivrait. Cette émission « d’actualité » est surtout une émission de télé spectacle. Il faut que cela soit scandaleux, choquant ou polémique pour vendre. Le résultat y est : les images et les interviews sont coupées et agencées pour construire le récit sous l’angle que le journaliste s’était préalablement fixé. Le journaliste et le caméraman n’ont d’ailleurs pas hésité à provoquer les militants pour obtenir l’incident recherché. L’objectif n’est ni le fond du sujet ni une analyse quelconque. Du point de vue de l’information, ce reportage n’a donc pas grand intérêt. Dans son contenu et avec des commentaires bien ciblés, il choisit pertinemment de ne montrer qu’une partie des événements afin de donner une certaine image des jeunes de quartiers populaires.

Que ce soit « 7 à la une », la RTBF, ou d’autres ; les médias traditionnels parlent beaucoup des quartiers populaires et particulièrement des jeunes « musulmans », « immigrés », etc. Quelle que soit la question traitée, le message est toujours plus ou moins le même :  ils ne sont pas intégrés, ne veulent pas participer à la démocratie ou aux valeurs que l’on présente comme « occidentales ». Au bout du compte, les médias parlent toujours d’eux sans jamais parler avec eux ou leur donner réellement la parole. Se faisant, on les exclut de la société en les accusant de ne pas y participer, on gomme leur diversité, leur participation et surtout leur parole.
Alors oui, la manifestation du 15 mars était « tendue », mais lorsque l’on compare les incidents aux images insupportables de cet homme à terre tabassé par deux agents de police qui lui donnent des coups de pieds comme à un ballon de football, à Anderlecht, le soir même, on relativise ! L’objectif de la manifestation était de dénoncer l’impunité qui entoure les violences policières et les insultes qui sont la réalité quotidienne des quartiers ainsi que la répression dont sont victime nombre de militants. Les militants et tous les participants avaient la volonté de rassembler l’ensemble des victimes de répression pour un message déterminé, calme et unitaire. La réalité du terrain est différente. Vu les violences et l’exclusion subies par bon nombre de jeunes des quartiers populaires et la représentation qui en est faite notamment par les médias — le reportage de 7 à la une en est d’ailleurs une bonne illustration — la colère est très grande et la confiance en quelque institution que ce soit inexistante. Quelle que soit la façon dont ils s’expriment, on leur explique toujours que ce n’est pas la bonne façon, pas le bon moment…

En abordant la thématique des violences policières et du racisme, nous avons l’ambition d’agir sur le terrain en affrontant les difficultés et les conflits. A la différence des journalistes qui considèrent les jeunes comme des objets. Nous tentons de mettre en avant une parole collective, celles de tous les jeunes, pour, ensemble, devenir acteurs de notre vie et de notre société. Et, oui les personnes qui composent notre société, qui prennent la parole ou la rue sont complexes, en colère, plus ou moins constructives et il n’est pas toujours facile de construire.… Mais nous préférons ce défi-là, aux spectacles caricaturaux et tape-à-l’œil qui n’évoquent au bout du compte que « le pain et les jeux », qui n’ont malheureusement rien de nouveau…

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