Des jeunes se «désintoxiquent» des discours politiques

Le Centre Jeunes Taboo (FGTB) et la JOC (CSC) organisent cet atelier bimensuel. Lors de ces séances, le discours politique se fait appeler « novlangue », un langage d’initiés dont les jeunes apprennent les ficelles. Pour ne plus s’en laisser conter…

Ce soir-là, la vingtaine de jeunes présents dans les locaux du Centre Jeunes Taboo à Charleroi ont fait la connaissance de David Clarinval, le député MR. Non que celui-ci ait quitté sa commune de Bièvres dans le namurois pour faire un saut dans la métropole, mais parce qu’une de ses déclarations prononcées quelques semaines plus tôt était au centre d’un « atelier de désintoxication du langage » organisé par le Centre Jeunes Taboo de la FGTB et la JOC (Jeunes organisés et combatifs) de la CSC (MOC).

Tentant un jour d’attirer l’attention des médias sur lui, David Clarinval, libéral bon teint, s’était prononcé en faveur de « travaux d’intérêt général pour les chômeurs ». Emilie Jacquy, une des animatrices de l’atelier le rappelle et enchaîne à l’attention des jeunes avec trois questions : « Qu’est ce que cette formule évoque pour vous ? Qu’est-ce qu’elle sous-entend comme proposition concrète ? Enfin, est-ce qu’elle évoque des choses qui vous plaisent ou au contraire qui vous font peur ? »

Dans la foulée, les jeunes se mettent au travail, marqueur en main. La proposition de David Clarinval semble d’abord susciter de l’intérêt. « J’ai des amis au chômage qui aimeraient pouvoir faire des stages, se rendre utiles plutôt que rester chez eux dans l’attente d’un emploi », témoigne une participante. Une autre acquiesce. Puis est avancée l’évidence d’un parallèle à tracer entre les travaux d’intérêt général que l’on impose à certains délinquants et ceux que le député libéral souhaiterait pour les chômeurs. « Oui, mais les chômeurs ne sont pas des délinquants », souligne un garçon d’une vingtaine d’années. On veut encore une fois stigmatiser les chômeurs ! »

Les deux animatrices de l’atelier ne manquent pas d’exemples de déclarations politiques qui, comme celle de David Clarinval, résonnent de non-dits, sont précédées d’arrière-fonds idéologiques et finalement camouflent des parts plus ou moins grandes de réalité. L’ensemble des partis politiques, les grandes entreprises y recourent. Les syndicats aussi, parfois, selon les deux animatrices de l’atelier. « Parler de frappes chirurgicales au moment d’un conflit pour évoquer des attaques militaires qui toucheront aussi les populations civiles, c’est une autre illustration de ce langage qui a pour but d’embrouiller les esprits, explique Emilie Jacquy. George Orwell, l’écrivain, lui a donné un nom : «novlangue». Et notre objectif à nous, à travers nos ateliers, c’est précisément de désintoxiquer les discours pour aussi nous réapproprier le débat. »

Source: http://www.lesoir.be/703364/article/actualite/regions/2014-11-10/des-jeunes-se-desintoxiquent-des-discours-politiques

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