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Désobéir à cette politique migratoire !

Ce mercredi 20 juin, une centaine d’activistes se sont rendus à Steenokkerzeel pour bloquer le chantier du futur centre fermé pour familles. Ce blocage était organisé par le collectif Not in my Name à qui on doit déjà plusieurs actions sur la question des politiques migratoires. Lola et Lucie, militantes des Joc Bruxelles, étaient présentes. Nous les avons rencontrées afin qu’elles nous parlent de leurs motivations et de leurs engagements.
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Pourquoi c’était important pour vous de participer à cette action contre la politique migratoire du Gouvernement ?

Lucie: L’idée était de bloquer le chantier de l’unité familiale au centre de Steenokkerzeel, de protester contre le fait qu’on enferme des familles, mais aussi contre l’enfermement des personnes en général. Je trouve ça inadmissible qu’on enferme des gens qui n’ont rien fait du tout, à part ne pas avoir un bout de papier. Je n’étais jamais allée au 127bis et quand tu es sur place tu comprends vraiment que c’est une prison. C’est complètement dingue d’enfermer dans une prison des gens qui n’ont rien fait.

Lola: Les politiques migratoires au niveau de l’Europe, et même du monde, se durcissent et se renforcent les unes les autres. On peut pointer du doigt ce qui se passe aux États-Unis et dans les ports de Méditerranée, mais cela se passe aussi ici, chez nous. C’est sous nos yeux que des gens sont enfermés et que d’autres meurent. C’est d’abord là où on est qu’on a la possibilité d’agir. Pour moi, c’est par là qu’il faut commencer.

À force d’entraver la libre circulation des gens, cela crée cette impression de vagues, d’invasion alors que les arrivées par mer n’ont jamais été aussi faibles depuis le début de la crise migratoire. L’Italie est en difficulté, mais s’il y avait moins de restrictions, si on laissait les personnes se déplacer comme elles l’entendent, le phénomène migratoire serait moins insurmontable pour chaque pays. Et puis, quand on voit qu’il y a des règles à l’échelle mondiale pour protéger les droits des enfants et qu’elles ne sont pas respectées, ça interpelle.

Lucie: Théo Francken s’est fait rappeler à l’ordre par le Conseil de l’Europe qui lui demande de renoncer à l’enfermement de familles, mais cette injonction n’est pas contraignante. En plus, selon le droit belge, la détention d’enfants mineurs dans des centres fermés est possible sous certaines conditions. De toute façon, ici, ce n’est pas le droit qui compte pour moi. Il y a des personnes qui meurent. Ce n’est pas parce que le droit dit que cela doit être comme ça, qu’il faut se résigner. Il y a des principes moraux qui passent bien au-dessus.

En quoi consiste ce type d’action de désobéissance ?

Lola:  Avec les actions de désobéissance civile, nous allons au-delà de ce qui nous est permis et il y a des effets pratiques et concrets. Pendant une journée, nous avons empêché le chantier d’avancer. Cette action a permis de faire une pause et d’ouvrir le débat dans l’opinion publique. Nous étions réparties en différents groupes pour pouvoir couvrir l’entièreté du chantier. Certaines équipes bloquaient les portes et d’autres étaient sur les toits pour que le délogement dure le plus longtemps possible. Des personnes avaient comme rôle d’aller vers les ouvriers pour les rassurer. Ils ont remballé leur matériel et ils sont sortis petit à petit sans hostilité ; nous avons pu téléphoner à une personne détenue au 127bis pour lui expliquer l’action. En solidarité, toute une aile du centre a refusé de prendre son repas de midi. Il y a eu de la solidarité entre les activistes et les personnes enfermées.

Lucie:  J’étais dans le groupe présent sur le toit du bâtiment administratif du 127 bis, on a déployé une banderole en arabe. Les personnes en face étaient heureuses de notre présence. Il y a eu une sorte d’échange. La police locale est arrivée assez rapidement et j’avais l’impression qu’elle ne savait pas quoi faire. La Brigade anti-émeute est ensuite arrivée, avec casques boucliers et matraques, pour nous colsonner. Ils n’arrivaient pas à poser leur échelle pour monter. Un policier est venu négocier pour que l’on descende, mais on a refusé de coopérer. Ils ont dû appeler les pompiers pour qu’ils leur fournissent une nacelle. Il me reste pas mal de bleus du délogement.

Lola: Mon rôle était de veiller une des filles qui s’étaient attachées à une grille du chantier avec des armlocks, c’est un tube en PVC renforcé qui sert à s’auto-enchaîner et des blocs de beton. Ensuite, nous sommes allées sur les toits du chantier. Une brigade spéciale a démonté les armlocks à la scie et attaqué les blocs de béton au marteau piqueur, cela a pris un temps de fou. Puis ils nous ont arrêtées une à une avec la nacelle. On a été embarquées pour une arrestation administrative. C’est un mauvais moment à passer, mais cela nous permet aussi d’échanger sur ce que l’on a vécu.

On sait bien que les autorités ne nous laisseront pas sur le chantier, que cela va se terminer par des arrestations mais elles ne sont pas une fin en soi pour nous. Ce type d’action ne suffit évidemment pas. On était une centaine. C’est à la fois beaucoup, mais pas assez. Quand on voit la misère qu’on a foutue à 100, ça peut devenir fort intéressant à 300 à 1000. Plus ce type d’action sera courant plus cela paraîtra légitime aux yeux des gens qui restent juste dans l’indignation et plus il y aura moyen de faire quelque chose.

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