Les sept enjeux de la précarité.

Nous identifions les caractéristiques de la précarité autour de 7 enjeux en contraste avec les 7 piliers de la sécurité sociale. Ces différents enjeux, ainsi que les revendications qui les accompagnent sont pour nous, militants des JOC, des étapes dans un processus où les travailleurs pourront décider ce qu’on produit, comment on le produit et pour qui on le produit. Nous sommes aussi conscients des nombreux freins que représentent à cet égard les organisations patronales, les pouvoirs financiers, les traités européens ainsi que les fous du travail. L’organisation des travailleurs précaires est donc cruciale pour inverser les inégalités et redistribuer les revenus de la rente et des bénéfices vers les salaires. Nous voulons fondamentalement changer les relations politiques et économiques pour permettre le développement d’une société juste et égalitaire.

Enjeu 1 : Sauvegarder les sept piliers de la sécurité sociale.

Il y a 7 piliers à la sécurité sociale : les soins de santé, les pensions, le chômage, les prestations familiales, les maladies professionnelles, les accidents du travail, les congés payés. Historiquement, tous les travailleurs ont accès à ces droits. Aujourd’hui, ce n’est plus que théoriquement. Une partie des travailleurs actuels comme les sans-papiers n’ont pas accès à ces droits. Ils ont juste accès aux soins de santé d’urgence. De plus, ces droits sociaux qui étaient considérés comme universels sont de plus en plus conditionnés et de nombreux travailleurs, surtout les jeunes, en sont de plus en plus exclus.

On constate aussi que de nombreux jeunes renoncent à leur allocation d’insertion, dégoûtés du contrôle et du jugement. Dégoûtés aussi de devoir mentir pour entrer dans les cases irréalistes du contrôle. Le gouvernement actuel tente de rendre le système de soins de santé complètement absurde pour provoquer les mêmes découragements. Nous n’acceptons pas cela. Nous pensons que les jeunes doivent être informés de leurs droits et que cette tâche est une piste pour notre action.

Le droit aux allocations de chômage pour les jeunes a été de plus en plus raboté. Depuis les années 90, les chômeurs ne sont plus vus comme des victimes du marché de l’emploi, mais comme des fainéants qui ne veulent pas travailler. Malgré une hausse extraordinaire du chômage, toutes les réformes du droit à l’allocation de chômage iront dans ce sens. Celles-ci auront comme vision, l’État social actif qui vise à responsabiliser les travailleurs par l’activation du comportement de recherche d’emploi. Les sanctions vont s’accroître.

Le chômage qui est une assurance contre la perte ou l’absence de travail, un droit acquis sur base de cotisations ou sur base des études devient une machine à exclure. L’accès aux allocations devient de plus en plus dur à obtenir et aussi à conserver. Exemple, le stage d’attente a été prolongé de 9 mois à 1 an pour les jeunes qui sortent des études et il est nécessaire d’avoir deux évaluations positives pour réussir le stage. De plus, aujourd’hui, la limite d’âge pour avoir droit aux allocations sur base des études doit être de 25 ans à la fin du stage d’attente. (il faut donc être inscrit comme demandeur d’emploi avant ses 24 ans, avoir donc terminé ses études à ce moment-là, si on veut avoir droit à des allocations).

Aux JOC, nous estimons que les vraies raisons de ses réformes sont à chercher du côté d’une volonté de flexibiliser l’emploi, de détruire le droit du travail et de la solidarité, de fragiliser les travailleurs et d’augmenter les profits du capital.

Enjeu 2 : Face à la flexibilité, nous réclamons la sécurité et la stabilité.

Il est inacceptable pour nous d’organiser la flexibilité du travail sans compensation c’est-à-dire sans sécurité, sans le droit de se reposer et sans avoir du temps libre pour soi, sa famille et ses amis.

Les travailleurs précaires sont soumis à une exploitation flexible : un jour, ils sont surchargés de travail, le lendemain, ils sont sans emploi ; une semaine, ils font zéro heure, la suivante, ils travaillent même la nuit. Il n’y a pas que leur revenu qui est imprévisible, leur horaire de travail aussi.

La loi Peeters contre laquelle les JOC ont lutté avec toutes leurs forces instaure une flexibilité accrue. Rappelons qu’en 2016, le ministre de l’Emploi, Kris Peeters (CD & V), a fait voter une loi visant à réformer de manière structurelle la législation sur le travail en Belgique. L’élément le plus significatif de la série de mesures proposées est la réforme de la période de référence sur laquelle le temps de travail est calculé. Plus largement, et comme pour les autres « loi travail » en Europe, le projet du gouvernement fédéral est une transformation en profondeur de la réglementation sur le temps de travail en Belgique. Aucune réforme ne nous paraît acceptable, si elle n’envisage pas une meilleure sécurité et des droits solides pour les travailleurs.

Enjeu 3 : une meilleure organisation des travailleurs dans leur milieu de travail.

Nous pensons aussi qu’une bonne manière de lutter contre la précarité, l’isolement et l’atomisation des travailleurs est de créer du collectif en allant à la rencontre de ceux qui vivent les mêmes situations que nous au travail.

Le travail syndical devient de plus en plus difficile. Dans le secteur du commerce, il y a beaucoup de précarité. Celle-ci se traduit par énormément de turn-over et une grande majorité de temps partiels. Il règne dans ce secteur, essentiellement féminin, une ultra-flexibilité dans les horaires de travail. À titre d’exemple, chez Brico une caissière est interdite d’avoir un temps plein ; en 2 ans, 50 % des travailleurs à temps partiel ont perdu leur droit au complément de chômage dans ce secteur ; les travailleurs ne deviennent jamais spécialisés et donc pas de salaire qui augmente avec l’évolution de la carrière ; il y a aussi beaucoup de travail le samedi et de plus en plus le dimanche ; sans compter que le secteur engage de plus en plus de travailleurs intérimaires et des étudiants. Dans ce contexte, il est très difficile d’avoir une bonne organisation des travailleurs et de pouvoir faire grève. Organiser la grève dans ce secteur est très difficile. Il y a aussi la possibilité du boycott qui est tout de même très difficile à mettre en place. Mais, il est possible d’avoir un poids avec un boycott partiel.

Les récentes tentatives syndicales en Belgique et ailleurs en Europe contre Uber, Deliveroo etc. inaugurent de belles perspectives de lutte. Souvent ces travailleurs veulent être reconnus comme employés plutôt que comme entrepreneurs indépendants par ces entreprises. Mais l’organisation de ces travailleurs reste difficile. Les entreprises utilisent des plates-formes numériques pour embaucher et fournir ainsi des services aux consommateurs. Les travailleurs d’une même entreprise ne se connaissent pas et ne se croisent jamais. Beaucoup de jeunes travailleurs sont donc forcés d’accepter les conditions de ces entreprises sans broncher.

Enjeu 4 : la réduction du temps de travail

La réduction du temps de travail fait partie des solutions qui sont discutées et débattues au sein des JOC. L’histoire de la réduction du temps de travail est liée à l’histoire du mouvement ouvrier que ce soit en Belgique ou ailleurs. La revendication de la journée de 8 heures est inscrite dans la charte de Quaregnon qui est fondatrice du Parti ouvrier de Belgique. Tout au long du siècle passé, le durée légale de travail tend à diminuer grâce aux luttes des travailleurs. Cette tendance historique a stagné ces dernières décennies.

Nous citons la brochure de la CNE sur le sujet : « Depuis une trentaine d’années, en effet, la durée légale du temps de travail stagne. Plus précisément, les heures travaillées continuent à diminuer, mais principalement à cause de l’explosion du travail à temps partiel, largement subi – et principalement par les femmes. Ce temps partiel est aussi caractérisé par l’essor de mesures individuelles d’aménagement du temps de travail, qui contribuent, grâce à la Sécurité sociale, à partager une part du travail disponible… Et si on prend le nombre d’actifs global, la réduction du temps de travail s’effectue de la pire manière qui soit : par la persistance d’un chômage de masse, qu’on peut cyniquement qualifier de réduction intégrale du temps de travail. Les politiques récentes ont en effet privilégié la voie de la compétitivité et de l’abaissement général de la part des salaires dans la valeur ajoutée, via une modération salariale et une réduction du salaire socialisé (les cotisations patronales, principalement). Ce modèle de la compétitivité, qui a inspiré depuis trente ans la politique économique de la droite comme de la gauche, est dans une impasse totale. Il a mené à des déséquilibres croissants au niveau mondial comme au niveau européen. Ceux-ci ne pourront être résolus sans une remise en question fondamentale du partage des revenus et du travail et sans une capacité à rompre avec le libéralisme. Le combat pour la RTT est une excellente manière d’y parvenir »

Que permettrait une réduction du temps de travail ? Plusieurs choses. Tout d’abord une meilleure répartition de celui-ci. En période de chômage de masse, ça compte énormément, c’est une bonne manière de répartir les gains de productivité sur un plus grand nombre de personnes. Ensuite une meilleure qualité de vie, du temps pour soi et les gens qui nous sont proche. Il y aurait des effets directs sur le lieu de travail, on aurait une meilleure productivité et moins de maladies liées au travail.

Nous ajoutons quelques arguments tirés de la brochure de la CNE sur la RTT:

– Produire de l’égalité entre travailleurs à temps plein et temps partiel . Si le temps plein passe de 38 à 32h par exemple, un temps partiel de 20h sera mieux payé 20/32 au lieu de 20/38.

– Produire de l égalité entre hommes et femmes : le temps gagné permet de mieux répartir les tâches domestiques (en théorie, il y a évidemment d’autres facteurs qui jouent.

– Produire de l’égalité entre travailleurs avec ou sans emplois puisque les premiers partagent l’emploi disponible avec les seconds.

Aux JOC, nous pensons qu’on a besoin d’une réduction collective du temps travail à salaire égal et avec embauche compensatoire.

Enjeu 5 : le logement.

Alors que de plus en plus de jeunes travailleurs ne peuvent pas se payer un logement décent ou difficilement payer le loyer chaque mois, 5 000 à 30 000 logements sont laissés vides sur l’ensemble du territoire de la communauté Wallonie-Bruxelles. Une manière de lutter à la fois contre les spéculations immobilières et le manque d’accès aux logements pour la classe des travailleurs précaires est de se réapproprier les habitations vides soit en squattant soit par un bail temporaire/convention d’occupation. Mais le risque de se faire expulser à tout moment existe. Il faudrait aussi relancerla politique et les moyens en faveur du logement social.

Enjeu 6 : L’accès à la culture, aux loisirs et à une alimentation saine et de qualité.

Nous pensons aussi qu’une bonne manière de lutter contre la précarité, l’isolement et l’atomisation des travailleurs est de réfléchir collectivement la question de l’accès à la culture, aux loisirs et à une alimentation saine, pour construire des solutions collectives qui nous sortent de l’isolement.

Nous voulons créer collectivement des solutions qui répondent aux besoins de tous. Notamment par une meilleure accessibilité à la terre, aux activités culturelles et de loisirs. Les JOC s’engagent déjà sur ces questions en animant des potagers collectifs, en produisant des ateliers d’expression artistique et intellectuelle, en auto-organisant des loisirs. Les ateliers récup de Charleroi, les ateliers peinture de Namur et les ateliers danse de La Louvière sont des exemples concrets de cette réappropriation.

Nous nous référons historiquement au programme de petit déjeuner gratuit pour les enfants scolarisés. Ce programme était un service communautaire dirigé par le Black Panther Part. Inspirés par la recherche contemporaine sur le rôle essentiel du petit-déjeuner pour une scolarité optimale, les Panthers allaient cuisiner et servir de la nourriture aux jeunes pauvres de la région. Lancée en janvier 1969 à l’église St. Augustine à Oakland en Californie, le programme est devenu tellement populaire qu’en fin d’année, les Panthers ont mis en place des cuisines dans de nombreuses villes aux États-Unis, alimentant plus de 10 000 enfants chaque jour avant d’aller à l’école.

Enjeu 7 : les finalités de la production et le sens de notre travail.

Est-il possible de travailler ensemble autrement ? Qu’est-ce que cela produirait en terme d’impacts sur nos vies ? Le travail, aujourd’hui, est de plus en plus extrait de sa valeur sociale, il n’est valable que lorsqu’il rapporte au Capital. Peu importe ce qu’on produit, le seul critère recevable est la rentabilité pour le Capital. Même si c’est pour au final nous détruire. Alors que si nous pouvions décider, nous voudrions qu’il soit utile pour la société, épanouissant pour les travailleurs, qu’il se fasse par passion et qu’il produise de la solidarité et du bien-être à l’ensemble de la société.

Des alternatives existent notamment l’autogestion par les travailleurs de leur entreprise. Ces solutions comportent des avantages, mais aussi les mêmes contraintes qu’une entreprise classique. Les coopératives peuvent être une alternative, mais quand le marché change, ils n’ont pas toujours les capitaux pour s’adapter. Des solutions basées sur la communauté de vie et de travail existent aussi. Nous estimons qu’elles sont précieuses, mais nous constatons aussi qu’elles concernent un tout petit nombre de travailleurs. Pour débuter ce genre de communauté, il faut aussi avoir accès à la propriété, ce que les travailleurs n’ont pas très souvent.

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