Témoignage, mon retour en Palestine.

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Partir en Palestine fut une épreuve. Lorsqu’on vous dit qu’on n’en revient pas indemne, sachez que c’est vrai. Je suis partie en Palestine pour bien des raisons, mais la raison principale est familiale.

Mon père a refusé de faire son service militaire, il était objecteur de conscience. Il est parti pendant deux ans, en compagnie de ma mère, en coopération au développement en Israël. C’était entre 1984 et 1986. Ils y ont vécu 2 années magnifiques qui ont été une base forte de leur couple et de notre famille. C’est donc tout naturellement qu’il y a dix ans nous sommes allés en vacance deux semaines en Israël. Nos parents nous ont montré où ils ont vécu, les endroits qu’ils ont aimés. Dans notre parcours, il n’y avait pas de visite de lieux dit problématiques et par-là mes parents entendaient les territoires occupés tels que Bethléem. Ce fut des vacances paisibles, sans aucune conscience de ce qui pouvait se passer de l’autre côté du mur. Arrive le jour où au moment de quitter Jérusalem, nous arrivons directement face à un immense mur. Il sépare Israël de la Palestine. Mon père a vite fait demi-tour, il est devenu tellement rouge de colère et de honte que j’ai commencé à me poser des questions.

Suite à cet épisode marquant et après des années de recherches sur le sujet, mon envie de partir voir ce qui se passait sur place est apparue. C’est après avoir entendu parler qu’un voyage de jeunes se préparait, que je me suis dit que c’était le moment. La préparation du voyage annonçait déjà la couleur. Nous avons eu des formations sur la manière dont nous devrions nous comporter, sur ce qu’il fallait dire ou ne pas dire, sur l’histoire du conflit, sur la protection des données cellulaires. Tout cela pour nous préparer à l’arrivée sur le territoire israélien, au possible interrogatoire à l’allée ou même au retour, pour savoir que dire ou que faire si on se faisait contrôler sur place ou à des check-points.

Lorsque nous sommes arrivés à l’aéroport, nous sommes restés plus de 4 heures sans rien avoir à manger et à boire. Tout cela parce que les jeunes d’origine maghrébine se sont faites arrêter pour être interrogés. Évidemment le mot d’ordre était : nous ne partons pas sans que le groupe soit au complet. Passés tous ces désagréments, nous avons enfin pu sortir de l’aéroport et nous rendre à Jérusalem. Le voyage commençait.
Lors de nos deux jours à Jérusalem, nous avons rencontré un travailleur de l’ong B’Tsleme avec qui nous avons fait un tour du « grand Jérusalem ». Ce territoire a été annexé par les israéliens et le respect des droits de l’humain y est bafoué. à Silwan, le plus vieux quartier de Jérusalem, nous avons rencontré une dame qui s’occupait d’un lieu où se réunissaient des jeunes et des femmes. Elles avaient accès à certaines activités et elles partagaient leurs expériences sur les colons qui ont investi leur quartier et qui l’ont détruit petit à petit. Selon les colons, le quartier se trouve être sur l’ancienne cité de David. Les palestiniens y vivant reçoivent des avis de destruction pour leurs maisons. Ils n’ont pas le choix et ils doivent en plus payer pour les frais démolition. Cette rencontre m’a beaucoup marquée. Malgré toutes les histoires racontées, il y avait toujours une lueur d’espoir dans les yeux de la femme qui nous a transmis ce témoignage. Lorsqu’elle nous voyait pleurer parce que nous étions sous le choc, elle nous rassurait. Pendant cette rencontre, une bombe sonore est tombée. Nous ne savions pas ce que c’était et nous avons tous paniqué. Elle nous a rassurées et nous a expliqué que ça arrivait régulièrement lorsque les enfants sortaient de l’école afin de garder un climat de crainte parmi la population.
Je ne vais pas reprendre tout ce que nous avons visité lors des dix jours sur place, ça ferait une trentaine de pages. Mais voici tout de même ces quelques lignes pour vous expliquer ces endroits marquants que nous avons visités, ces visages qui nous ont touchés et ces personnes qui nous ont transmis tant de choses.

À Hébron, nous avons rencontré l’association Human Rights Defenders avec qui nous avons fait la visite de la ville. Lors de la visite, beaucoup d’entre nous se sont sentis oppressés. Moi-même, je commence seulement à oser en parler. À chaque pas que nous faisions, nous étions épiés par les colons et les militaires. Cette oppression que nous avons sentie du bout des doigts, eux la vivaient constamment et c’était limite devenu normal. Cette normalité m’a choquée et profondément touchée.

Dans la vallée du Jourdain, nous avons rencontré la Jordan Valley Solidarity qui utilise une technique consistant à faire une maison en 24h grâce à des briques de terre afin que la construction ne soit pas interrompue par les israéliens. Et si la maison venait à être détruite, elle peut être reconstruite aussi vite.

Le camp d’Aida…il y a tellement de choses à dire. C’est un camp de réfugiés palestiniens au cœur même de la Palestine pas loin de Bethléem. Nous avons visité là-bas une maison de jeunes qui nous a beaucoup étonnées. On y faisait de l’éducation permanente bien mieux qu’on ne le fait ici en Belgique !

Le plus difficile pour moi a été la rencontre avec l’association Defense for Children International. DCI défend les enfants prisonniers. Lors d’autres visites, nous avions déjà abordé ce sujet. Nous avions été déjà mis au courant des tortures physiques et psychologiques présentes dans ces prisons, mais lors de cette rencontre l’injustice qui se passe a pris une ampleur plus grande et est devenue pour moi insoutenable. Ce qui se passe en Palestine est au-delà de ce qu’on peut s’imaginer, c’est seulement une fois sur le « terrain » qu’on se rend compte de l’ampleur du colonialisme, de l’apartheid …Il y a tellement de choses à dire sur ce voyage, sur les gens et les associations que nous avons rencontrés. Nous avons aussi logé chez l’habitant et nous avons eu des échanges plus décontractés, les personnes nous racontaient leur histoire. En Palestine, j’ai perdu mon insouciance et je ne pense pas être seule dans ce cas, changée pour toujours.

Nous posions souvent la question : « Que pouvons-nous faire concrètement pour vous aider ? » La réponse que nous avions à chaque fois était : « Expliquez ce que vous avez vu, témoignez ». C’est maintenant ce que je tente de faire, transmettre tout ce que j’y ai vu : l’horreur, la misère, l’injustice. Mais aussi l’espoir, la résistance, la résilience.
J’y retournerai sans plus hésiter. Résister pour vivre, vivre pour résister !


Par Margaux

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