Comment garder l’espoir ?

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Durant cette période compliquée et ayant impactée la totalité de la population mondiale, j’ai fait partie des quelques chanceux n’ayant pas été obligé de se rendre « sur le front » : comprenez, d’aller travailler pour continuer à faire tourner l’économie du pays ou pour maintenir tant bien que mal la population en bonne santé avec peu de moyens, peu de personnel, mais, heureusement, beaucoup d’applaudissements…bien maigre consolation. Pendant ce temps, j’aurais pu me mettre au yoga, à la méditation, au scrapbooking ou encore à la pisciculture.

Cependant, j’ai préféré angoisser et perdre le peu de foi qu’il me restait en un avenir meilleur devant les différentes décisions gouvernementales dont les lignes sont claires : « Un retour à la normale, le plus vite possible et prenez sur vous pour refaire de l’argent, merci ».

Enfin, encore ajouterait-iels un « merci ». Comment, dès lors, espérer un changement quand nos dirigeant.es préfèrent relancer l’économie, instaurer un traçage des malades allant vers encore plus de surveillance et faire passer des lois de plus en plus liberticides selon les pays plutôt que d’occuper leur fonction première : œuvrer au bien-être des citoyen.nes ?

On peut évidemment se dire qu’il faut en parler, militer pacifiquement, ouvrir un dialogue, mais sommes-nous réellement écoutés ? « Je vous ai compris », lancé il y a quelques années par un président français ne serait pas juste des mots en l’air pour calmer la foule ? En tant qu’artiste, il est de notre devoir de faire passer nos idées à travers nos œuvres, certes. Si je veux militer pour un monde radicalement différent, je le transcris dans ce que je crée. Mais est-ce que ça fonctionne ?

Dans « L’An 01 », film de 1973 réalisé par Jacques Doillon, Alain Resnais et Jean Rouch et adapté de la bande dessinée de Gébé, on découvre que les préoccupations d’hier sont les mêmes que celles d’aujourd’hui. Iels revendiquaient déjà il y a près de 50 ans ce que nous exigeons aujourd’hui, et rien n’a changé. Un retour à une vie plus lente, plus respectueuse des êtres animaux et végétaux qui nous entourent, envoyer balader les injonctions à une vie bien propre, bien rangée, petit rouage d’une société capitaliste dont le seul et unique but doit être d’enrichir le Capitole. L’une des répliques ouvrant le film est : « On nous dit « Le bonheur, c’est le progrès ! Faites un pas en avant. » Et c’est le progrès…mais ce n’est jamais le bonheur. Alors si on faisait un pas de côté ? ».

Déjà à cette époque, on avait compris que la course à la technologie n’amenait rien de bon. Oh elle a ses bons côtés, il est vrai. Elle nous permet de se connecter avec n’importe qui, n’importe où, de disposer d’un puits de savoirs illimités, elle allège les tâches les plus ingrates et les plus lourdes que les hommes devaient réaliser en se détruisant physiquement jadis. Mais à quel prix ? Elle nous pousse à nous replier sur nous même, à être toujours plus connecté, plus performant, le post-humain est une machine sans cœur qui ne pense qu’à lui. Elle aide les gouvernements à surveiller, opprimer et réprimer les peuples.

La solution serait donc, à l’instar des personnages de Gébé et de ce que Braidotti annonce à la fin du chapitre, de tout arrêter, de se poser, de réfléchir. Nous pourrions ainsi créer un monde de demain où l’Homme ne serait plus l’être dominant tout ce qui lui est différent, tout ce qu’il ne comprend pas et avoir une chance de se mêler au monde, d’en faire partie et d’arrêter de le détruire, de nous détruire et d’entrainer tout ce qui nous entoure dans notre chut. Il se peut que je sois en roue libre, hors sujet. Mais je suis fatigué, usé par cette dynamique du « Faites comme si de rien n’était, reprenons notre vie normale le plus rapidement possible ». Mais à quoi bon passer des examens où on apprend ce que tel ou telle penseur ou penseuse a écrit sur ce qu’on sait déjà ? Pourquoi passer des jurys à distances, via internet alors que l’art est fait pour être ressenti, partagé, vécu dans le monde réel ? Quel serait le but de réussir une année, passée dans le degré supérieur comme si tout était normal pour s’assurer un diplôme dans un monde qui n’est qu’injustice, insécurité, brouillard et montée de tous les extrémismes ?

Il est temps d’arrêter de faire semblant que le « monde d’avant » est un monde sain, normal. Il n’est ni sain ni normal de placer l’argent, une valeur créée de toutes pièces par l’Homme au-dessus du bien être des espèces vivantes, de l’écologie. Il n’est ni sain ni normal d’exiger que tout retourne dans sa vie bien rangée du boulot, métro, dodo après tout ce que nous vivons, reflet de siècles d’un capitalisme patriarcal blanc et hétéronormé qui écrase tout ce qui ne lui ressemble pas et fait passer ce comportement pour la norme.

Je n’ai pas de conclusion satisfaisante, je n’ai pas de solution miracle ou alors elle n’est pas réalisable. La solution serait de tout arrêter, comme dit plus tôt, de se lever contre les autorités établies et oppressives, arrêter de demander et plutôt exiger, revendiquer, prendre. Au lieu de ça, on retourne faire tourner la grande machine capitaliste, pour relancer une économie déjà morte et anéantir une planète et tous ces écosystèmes déjà bien entamés. Il n’y aura pas d’espoir tant qu’il n’y aura pas de réel soulèvement, il n’y aura pas de conclusion tant que le « monde d’avant » restera le « monde présent ».

Signé : B. militant des JOC Tournai, étudiant en art fatigué, mais révolté.

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