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“Nous voulons une éducation qui nous considère, qui nous fait grandir, qui nous représente” Discours de Lila, 8 Mars 2021

On m’a demandé de parler aujourd’hui de mon expérience de jeune femme. Je suis étudiante en école d’art. On nous dit qu’en tant qu’artistes nous sommes le futur de l’humanité, qu’on se doit de combattre l’obscurantisme et de changer le cours de l’histoire. Mais on n’est franchement pas aidé.

Les mêmes personnes qui nous enjoignent à combattre l’obscurantisme refusent de nous donner les clés pour le faire. Quand je dénonce le manque de femmes intellectuelles dans des cours de philosophie et de littérature, on me répond qu’elles n’ont malheureusement pas pu marquer l’histoire du monde culturel. À cause du sexisme. Et que c’est bien dommage, mais que c’est comme ça.

Mais qu’est-ce qu’on intègre quand on nous gave aux écrits d’hommes blancs qui parlent des autres hommes blancs ?

On intègre que les femmes et les minorités de genre ne comptent pas. On apprend non seulement qu’elles ne peuvent pas être intellectuelle, artiste, talentueuse, révolutionnaire, mais aussi qu’elles ne font pas partie de la société, qu’elles ne l’impact pas. On ne compte pas.

Comment peut-on combattre l’obscurantisme si on ne nous donne pas les bonnes armes ? Comment peut-on se sentir légitime à changer le monde si on nous rentre dans le crâne que les femmes artistes et intellectuelles n’existent pas, si on nous affirme à travers des écrits d’hommes blancs que nous ne comptons pas ?

Les femmes et minorités de genre ont marqué l’histoire, de tant de façon, et ce sont ceux qui écrivent l’histoire qui ont décidé de ne pas retenir leurs noms.

Margaret Hamilton, ingénieure, a permis le premier voyage sur la lune en 1969.

Margaret Sanger, infirmière américaine, a joué un rôle majeur dans l’invention de la pilule en 1950.

Rosalind Franklin obtient en 1951 la première photographie d’ADN prise aux rayons X. Elle ne sera pas nommée parmi les auteurs de l’article concerné.

Combien de femmes et minorités de genre martyres ? Combien de femmes et minorités de genre intellectuelles oubliées ? Combien d’étudiant et étudiante femmes, non-binaire, non-blanche qui font face à des cours qui nient leur appartenance à l’humanité ?

Sapho était une poétesse grecque du 6e siècle qui tenait une école de jeunes filles sur l’île de Lesbos.

Hypatie d’Alexandrie était une philosophe néoplatonicienne, astronome et mathématicienne grecque qui a fondé sa propre école de philosophie au 4e siècle.

Christine de Pysan, au 14e siècle, est connue pour ses traités politiques et philosophiques et ses recueils de poésie. C’est la première femme de lettres ayant vécu de sa plume.

Alors même que la plupart des professions et formations étaient interdites aux femmes jusqu’à la fin du 19e siècle, Madam C J Walker est la première femme afro-américaine à devenir millionnaire par la force de son travail. Elle a défendu activement la cause des femmes afro-américaine.

Nellie Bly est une pionnière du journalisme d’investigation en 1890.

Face à ce manque d’informations, c’est à nous de nous éduquer en parallèle, tout en réussissant nos études. Et comme ce n’est pas suffisant, il faut aussi qu’on éduque nos profs. Et ces profs sont rarement de bons élèves. C’est la même situation dans tous les milieux qui touchent au savoir et à la culture.

La plupart des grands musées n’accueillent en moyenne que 10 % d’œuvres de femmes dans leurs collections permanentes. Ils acceptent nos corps objectifiés, ils s’accaparent nos vécus volés par des hommes blancs qu’ils appellent des génies, mais ils sont incapables de nous donner une place.

Alice Ziggy est devenue la première réalisatrice de l’histoire du cinéma en 1896.

Joséphine Nivison est une peintre prolifique du début du XXe siècle. Ses œuvres ont été presque entièrement détruites par un musée new-yorkais à qui elles avaient été confiées. Le travail de son mari, lui, est encore montré dans les cours d’histoire de l’art.

Charlotte Perriand est une architecte, designer et photographe engagée qui a enrichi l’art moderne tout au long du XXe siècle.

On ne peut pas se permettre de ne pas comprendre ces problématiques quand on est prof. Les femmes et minorités de genre portent une triple charge dans l’éducation et nous ne pouvons plus accepter de porter cette charge seule. Je ne veux plus subir mes cours, je veux les vivre.

Nous voulons une éducation qui nous considère, qui nous fait grandir, qui nous représente.

Donna Haraway est professeure d’université, sociologue, philosophe et l’une des pionnières du cyberféminisme.

Françoise Vergès a théorisé la triple domination, elle est politologue et féministe décoloniale.

Fatoumata Kébé est astrophysicienne et militante pour la place des femmes et des classes populaires en sciences-astronomie.

C’est maintenant qu’il faut changer le cours de l’histoire. C’est maintenant qu’il faut réintégrer les femmes et minorités de genre intellectuelles à leur juste place. Celles d’hier et celles de demain ! Vous devez réhabiliter les œuvres de femmes et de minorités de genre dans nos apprentissages !

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