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Justice pour Lamine

Dans une enquête très fouillée parue dans De Morgen, la mécanique de meurtre de Moïse Lamine Bangoura est mise à jour.

Le 07 mai 2018 Moïse Lamine Bangoura est tué par la police de Roulers à son domicile après une visite domiciliaire de huit policiers pour l’expulser de son appartement. Il perd la vie à la suite d’une opération musclée pendant laquelle des violences oppressives au niveau du cou sont exercées sur le corps de Lamine qui est couché.

📌 Sur base d’images, des enregistrements sonores envoyés à la centrale de police, sur base du rapport d’autopsie et des déclarations des policiers au Comité P, les journalistes Samira Atillah et Douglas De Coninck établissent une reconstitution des faits qui ne laisse AUCUN DOUTE.

Source

Ci-dessous, un résumé de l’article du Morgen:

En confrontant les sources, l’article révèle d’énormes contradictions entre les déclarations au Comité P et ce qui s’est passé : lorsque les policiers immobilisent Lamine, le mettent à terre, le menotte, encerclent le haut et le bas de son corps de sangles et se mettent à exercer une forte pression sur son thorax (à ce moment-là Lamine a déjà été saisi au niveau du cou par une prise genre « clé d’étranglement), Lamine ne représente absolument aucun danger pour l’intégrité physique des policiers.

C’est pourtant ce que les policiers vont essayer de prétendre lors de leur déclaration au Comité P ; des déclarations qui sont faites un mois après les faits. Ils prétexteront un comportement menaçant à l’aide d’un couteau de cuisine. Le narratif en termes de comportement agressif et menaçant sera repris par le juge de la Chambre de Conseil de Courtrai (non-lieu prononcé le 26 juin). Les sources révèlent que lorsque l’ambulance est appelée, il n’est fait aucune mention aux ambulanciers des soins qu’il s’agira d’apporter à Lamine. Lorsque les ambulanciers arrivent, en réalité, Lamine est déjà mort.

L’état d’agitation de Lamine que les policiers énoncent à plusieurs moments, notamment lorsqu’il faut appeler des renforts est totalement surévalué. Lorsque cet état d’agitation devient réel, c’est-à-dire qu’il résulte des pressions asphyxiantes exercées sur son corps, les policiers n’interviennent pas. Ils ne font rien pour faire en sorte de réanimer Lamine. Alors que Lamine est en train de partir, les policier continuent à fantasmer sont état (« il fait semblant de mourir » dit un policier). L’état de Lamine n’est a aucun moment perçu pour ce qu’il est.

Le juge du Conseil de Courtrai prononce un non-lieu prétextant que l’usage de la force a été proportionnel à l’agitation de Lamine ; celui-ci serait sous l’emprise de stupéfiants (qui se révéleront des traces insignifiantes). L’autopsie montre pourtant bien que Lamine est mort d’asphyxie de contention : « asphyxie chez une personne fixe dans un état agité ». Selon les pathologistes, la suffocation peut-être déduite de « quelques petites contusions dans la structure du larynx ». Ces résultats indiquent une violence mécanique (limitée) au niveau de la gorge. Les médecins légistes écrivent : « c’est un phénomène bien connu que la contention physique des personnes agitées peut s’accompagner d’un taux de mortalité très élevé ».

Les audios indiquent qu’il régnait au domicile de Lamine une situation de non-droit : les policiers ne répondent plus aux appels de la centrale pendant de longues minutes, ils exercent une pression thoracique très longue sur le corps de Lamine contraire aux prescrits méthodologiques formulés par les formations de la police, ils appellent la croix bleue pour se débarrasser du chien avant même que Lamine ne soit déclaré mort. Les comportements des policiers affichent un cynisme choquant s’exprimant par des rires et par un sadisme évident « on appellerait pas le corbillard tant qu’on y est » dit un policier au moment où ils appellent la croix bleue. Il est clair que les policiers agissent en âme et conscience dans un rapport qui est raciste. Les déclarations supposées décrire le comportement de Lamine transpire de ce racisme : « il a sauté de nulle part sur le siège. A ce moment, j’ai vu qu’il tenait un couteau dans sa main droite ; la lame était dans la direction de son poignet, son avant-bras. Je vois cela et je crie « arme » à mes collègues, sans dire que c’était spécifiquement un couteau. Je suis sorti immédiatement pour me mettre à l’abri ».

Comme le souligne les deux journalistes, cette scène qui est racontée au Comité P (un mois après leur crime) est irréaliste. Elle n’est, d’une part, pas transmise à la centrale. D’autre part, à 11h50 le couteau n’est absolument plus un problème. Il est dans une autre pièce, tout comme le chien est dans le jardin et ce bien avant que les policiers se mettent à maîtriser Lamine. Le corps de Moïse Lamine est encore toujours à la morgue. La famille n’a pas encore pu effectuer son deuil. Il semblerait qu’un chantage ait été exercé sur les parents de Lamine : celui de la libération du corps de Lamine en échange d’un abandon des poursuites contre les policiers. Le 10 novembre, en chambre des mises en accusation de Gand l’avocat de la famille, maître Alexis Deswaef, va plaider le renvoi des policiers en correctionnelle.

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