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Le temps libéré : une conquête ouvrière à défendre

Si aujourd’hui les travailleur·euses disposent de temps libre à consacrer à leurs loisirs, c’est parce qu’elles se sont organisés pour l’arracher au patronat en luttant pour la réduction du temps de travail.

La revendication d’une journée de travail de huit heures formulée pour la première fois en 1817 par le socialiste utopique Robert Owen devient dans la seconde moitié du XIXe siècle un mot d’ordre mobilisateur pour le prolétariat mondial. Elle est inscrite en 1866 dans les revendications de la Première Internationale et en 1889, la IIe Internationale décide de faire du 1er mai une Journée de lutte pour la journée des huit heures.
Le renforcement politique et les luttes de la classe ouvrière, organisée en partis-syndicats-coopératives et associations, ainsi que la terreur qu’inspire aux bourgeois la révolution Bolchevik d’octobre 1917, permettent à la classe ouvrière de nombreuses conquêtes sociales. En Belgique, la journée des huit heures est conquise en 1921 et ce, sans perte de salaire (soit 48 heures par semaine, le samedi étant un jour travaillé). L’accès au temps libre est renforcé par la conquête des congés payés en 1936.


Avec la conquête progressive du temps libre par la classe ouvrière, apparaît une floraison d’initiatives destinées à fournir des occupations aux travailleur·euses. Le mouvement socialiste et le mouvement chrétien organisent autour des Maisons du Peuple pour les uns autour des Œuvres sociales pour les autres, des conférences, des cours professionnels, des bibliothèques, des sections musicales, des chorales, des sections horticoles…
La JOC n’est pas en reste de ces initiatives. Dès la fin des années 1920, les jocistes organisent des bibliothèques, des chorales, des groupes de danse et des rencontres sportives. Ils mettent sur pied des fêtes destinées à la jeunesse ouvrière. Ces activités soudent le mouvement et permettent d’en élargir le recrutement. Avant même le développement des congés payés, la JOC se dote d’une infrastructure destinée à la fois à la formation et aux loisirs. Avant même la conquête des congés payés, elle commence à populariser le tourisme social.


Une conquête menacée

Le temps libre arraché par les ouvrier·e·s à l’emprise du capital, de la machine et des patrons sera rapidement un objet de conquête pour les acteurs du marché qui y perçoivent une nouvelle source de profit. Un nouveau secteur de l’économie voit ainsi le jour, celui de l’industrie des loisirs. Sa finalité n’est pas l’émancipation des travailleuses et des travailleurs mais bien la recherche du profit pour ceux qui l’organisent. Ainsi dès la fin de la seconde guerre mondiale émergent de nombreuses initiatives de loisirs payants qui ne sont pas rattachés à des organisations sociales.
Le temps libre conquis par la classe ouvrière n’est pas seulement menacé par sa marchandisation mais est également menacé par la tendance lourde à y introduire des mécanismes de flexibilisation du temps de travail. Sous prétexte de s’adapter aux besoins des marchés en perpétuelle évolution, les formes traditionnelles de l’organisation du travail sont remises en question au détriment de l’intérêt des travailleur·euses. Horaires flexibles et imposés, heures supplémentaires prétenduement volontaires, modification du calcul de la durée du travail, multiplication des contrats précaires, constituent autant d’attaques sur le temps libre conquis par la classe ouvrière.
Repartir à l’offensive
Face à la marchandisation du temps libre et à l’offensive néo-libérale qui menacent son existence même, il est essentiel de s’organiser pour le défendre et repartir à l’offensive. D’une part, en s’organisant et en luttant aux cotés des syndicats pour revendiquer une réduction collective du temps de travail et en refusant toutes les formes de flexibilités imposées. D’autre part, en luttant contre la marchandisation des temps libres et en s’organisant collectivement pour produire des loisirs populaires, autogérés et inclusifs libérés de l’emprise marchande et des injonctions à la consommation.

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