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LES JOBISTES NE SONT PAS DE LA CHAIR À PATRON !

Depuis le 17 mars dernier, des dizaines de milliers de jobistes ont vu leur contrat être interrompu à la suite des mesures sanitaires imposées par le gouvernement fédéral. Sans travail, ces étudiant·e·s se retrouvent donc également sans revenu depuis près de quatre semaines.

Cette situation est d’autant plus préoccupante lorsqu’on sait qu’en Belgique la moitié des jobistes dépendent directement de leur travail pour payer leurs études ou subvenir à leurs besoins primaires comme l’alimentation ou le logement[1].A l’image des autres travailleurs·euses de l’Horeca ou de la vente, les jobistes se retrouvent donc empêché·e·s de travailler mais sans toutefois pouvoir bénéficier d’allocations de remplacement puisque leur statut précaire ne leur permet pas d’ouvrir leurs droits à la sécurité sociale, contrairement à leurs collègues sous contrat de travail ordinaire.Alors que le gouvernement Wilmès a rapidement adopté plusieurs milliards d’euro de mesures visant à aider les entreprises et les indépendant·e·s, force est de constater qu’il a jusqu’ici été incapable de faire preuve de la même solidarité avec les jobistes, et ce malgré les interpellations de nombreuses organisations étudiantes depuis le début de la crise sanitaire[2].

Par ailleurs, les mesures mises en place par la ministre de l’Enseignement Supérieur – Valérie Glatigny – pour lutter contre la précarité étudiante sont loin d’être adaptées à la situation : le montant de 2,3 millions d’euros supplémentaires alloué aux services sociaux des établissements d’enseignement supérieur est totalement insuffisant pour aider tous·tes les étudiant·e·s précaires.Les conditions d’accès à ces aides restent floues : sont-elles identiques aux conditions d’accès aux aides sociales avant le confinement ? Le cas échéant, ces aides restent inaccessibles aux étudiant·e·s étranger·e·s (hors UE), parmi les plus touché·e·s par la précarité.

Dans ce cadre, nous demandons donc une augmentation de ces aides sociales et leur accessibilité aux étudiant·e·s étranger·e·s. Nous rappelons également notre appel, durant cette crise exceptionnelle, à l’annulation (et non le report) de tous les paiements non-nécessaires : loyers, factures, crédits, etc. sans que cela ne provoque des expulsions.

D’autre part, le 11 avril dernier le gouvernement a décidé de « neutraliser » les heures de travail prestées par les étudiant-e-s au second semestre de 2020 afin qu’elles n’entrent pas en compte dans le calcul du contingent (475 heures par an). Cette mesure constitue un nouveau cadeau au patronat qui pourra dès lors, en dépit de toute considération pour la santé des jobistes, faire appel à une main d’œuvre exploitable et corvéable à merci, tout en s’exonérant de cotisations sociales pourtant indispensables au financement de la sécurité sociale (et donc entre-autre des soins de santé).La stratégie du choc est bien connue[3]. Profiter de la crise pour intensifier la destruction de la législation du travail et de la sécurité sociale.

En élargissant « temporairement » le travail des étudiant-e-s et des demandeurs·euses d’asile, en facilitant la mise à disposition des travailleurs·euses, en augmentant le nombre d’heures de travail supplémentaire, en autorisant les CDD successifs, en permettant l’ouverture des magasins jusque 22h, … le gouvernement rend de telles mesures envisageables à long termes. Une fois leur usage légitimé par la situation sanitaire, il est fort à parier que le patronat ne voudra plus abandonner de telles mesures prises en dehors de toute concertation sociale. La situation de crise sanitaire impose donc plus que jamais de défendre la sécurité sociale qui demain subira de nouvelles attaques austéritaires.Si l’urgence impose aujourd’hui de trouver une solution financière pour les jobistes étudiant·e·s privé·e·s de revenu depuis plusieurs semaines, nous pensons que cela doit se faire par l’extension du chômage temporaire aux jobistes. De cette manière, nous entendons ouvrir le débat sur l’intégration future des jobistes aux bénéfices de la sécurité sociale.

En effet, il nous semble plus que jamais nécessaire de renverser la manière dont on considère les étudiant·e·s dans notre société : non plus comme des travailleurs·euses en formation, mais bien comme des travailleurs·euses de plein droit, inclu·e·s dans le système de sécurité sociale.

Les étudiant·e·s, par leurs nombreuses activités actuellement sous-payées ou exercées à titre gratuit, participent à la production, que ce soit en tant que jobiste, stagiaire, étudiant·e ou apprenti·e.Les avantages à leur employabilité pour les patrons doivent être supprimés, et il faut instaurer en parallèle un salaire étudiant qui permette de reconnaître leur activité essentielle dans la production générale.Nous le répétons, le temps est venu de mettre fin au statut précaire d’étudiant·e jobiste, et d’exiger l’instauration d’un salaire étudiant. Seule la garantie d’un revenu durant les études permettra d’en finir une bonne fois pour toutes avec la précarité étudiante.

Dans l’intervalle, le gouvernement doit prendre la mesure de la crise sociale qui frappe les étudiant·e·s issu·e·s de milieux populaires, non pas en les envoyant travailler sans protection sociale, mais en leur accordant le droit au chômage temporaire.

Signataires : Jeunes FGTB, Union Syndicale Etudiante, Jeunes Organisés et Combatifs Bruxelles (JOC BXL), La Santé en Lutte, 8 Maars ULB, Mouvement contre la précarité étudiante, Nouvelle Voie Anticoloniale, Cercle féministe de l’ULB, Stop Répression, Infor-Jeunes, Ecolo J, Mouvement des Jeunes Socialistes, Jeunes anticapitalistes (JAC)