Les JOC en formation

Ce vendredi soir, avec une trentaine de jeunes nous nous sommes retrouvés à Assesse, dans un endroit un peu insolite, un ancien couvent des Récollectines, occupé aujourd’hui par une équipe dynamique de Femmes en Milieu Rural. L’ambiance est là. Nous sommes contents de retrouver les autres militants des JOC des autres fédés et de faire connaissance avec les nouveaux venus. Nous sommes aussi impatients de commencer la formation
Elle débute dès le lendemain matin. Le groupe national non mixte, des permanentes et des militantes des JOC, prend les choses en main. Il se nomme le « GANG » pour Groupe d’Action National sur le Genre. Durant toute la journée, elles vont nous faire réfléchir sur le sexisme qui règne dans notre société. Elles commencent par jouer une série de onze saynètes qui sont autant de situations de la vie quotidienne qu’elles ont vécues. Malgré le côté comique et bouffon des situations jouées, celles-ci nous interpellent parce qu’elles rendent visibles les violences spécifiques que les femmes vivent au quotidien. L’inégalité de traitement, entre les femmes et les hommes, est partout et nous saute vite aux yeux. Le sexisme ordinaire est plus que présent dans notre société malgré un discours médiatique des institutions étatiques sur l’égalité des hommes et des femmes.
En réaction aux saynètes, la discussion collective est intense. On s’interroge sur les rôles assignés aux filles dans nos sociétés, par rapport aux garçons. L’éducation des filles et des garçons est-elle la même ? Pourquoi dit-on que les filles doivent être douces et calmes, les garçons extravertis et forts ? Pourquoi les actes des femmes sont interprétés à partir du schéma que les femmes doivent agir pour plaire aux hommes ? Ne devrait-on pas plutôt considérer que ce qui fait une femme digne, c’est plutôt qu’elle se plaise avant tout à elle-même et qu’elle agit avant tout pour elle-même ? Comment se sentent les femmes dans un espace public ? Celui-ci est-il construit de façon à ce qu’elles se sentent bien ? Les femmes ne peuvent-elles pas se protéger elles-mêmes ? Par rapport aux garçons, les filles ont-elles la même liberté de choix d’avoir ou pas des enfants ? N’y a-t-il pas une pression sociale forte qui s’exerce sur elles ? Chacun est secoué dans ses croyances et ses clichés. Petit à petit, au fur et à mesure que la discussion avance, nous prenons conscience et observons à quel point le système de domination sexiste est présent dans toutes les dimensions de la vie d’une femme.
L’après-midi, le GANG nous propose de visionner une conférence de Christine Delphy, intitulée « Le mythe de l’égalité-déjà-là : un poison ! ». Christine Delphy est une universitaire française et une militante féministe qui est une des fondatrices du Mouvement de libération des femmes. Ce qui la rend très intéressante, au-delà de ses recherches scientifiques, c’est son regard historique sur le mouvement féministe.
Le débat qui s’engage ensuite porte essentiellement sur ce qu’il faut penser pour relancer une lutte féministe. Sur la question de l’égalité des femmes et des hommes, Christine Delphy est très claire. Une jeune femme qui pense qu’elle a les mêmes possibilités que les hommes, et puis qui essaie, et puis qui échoue : qu’est-ce qu’elle fait ? Elle se culpabilise ! C’est quelque chose qui empoisonne les femmes. C’est sans doute la raison pour laquelle nous sommes dans une période non seulement de creux, de stagnation et même de régression. Ce discours de l’égalité des femmes est d’autant plus dangereux et pernicieux qu’il est dit par des femmes et par des femmes qui se disent féministes ou qui ont été féministes… Un autre point important, qui a été discuté entre nous, porte sur ce qui serait un peu le nœud de notre époque : la conviction pour beaucoup de personnes que la différence entre les genres, entre les hommes et les femmes, est une différence qui est fondée biologiquement, justifiée biologiquement. Ce discours est promu par les magazines féminins, les journaux de vulgarisation de psychologie et les ouvrages de psychologie comme « Les hommes viennent de Mars, les femmes de Vénus » qui ont été vendus dans le monde entier.
La soirée a été marquée par de longues discussions. Le lendemain matin, on se retrouve après un bon déjeuner pour parler du racisme. La matinée sera animée par le groupe NVA, qui n’est pas qu’un clin d’œil ironique, mais signifie Nouvelle Voie Anticoloniale. On commence par réfléchir au terme d’islamophobie avec Kahina. Quand est-il apparu ? Dans quel contexte ? On vient ensuite sur la situation actuelle de la peur et du rejet de l’Islam en Europe. Est-ce lié à l’histoire de la colonisation ? Comment peut-on lutter contre ce qui devient une discrimination de plus en plus violente contre les musulmans ? Nous n’avons pas encore les réponses, mais il est important pour nous de continuer à réfléchir au phénomène pour pouvoir y lutter de manière efficace.
Ensuite pour l’après-midi, Benjamine et Momo prennent le relais pour l’animation. Ils nous proposent de réfléchir à la question du racisme, à partir de la vidéo de la campagne #Debout contre le racisme. Sortie en France, le 28 novembre dernier, cette nouvelle campagne de pub vise à sensibiliser aux discriminations. Elle est initiée par les quatre principales associations françaises de lutte contre le racisme. Nous voyons plusieurs scènes qui passent à un rythme rapide où un acteur raconte des insultes racistes subies au quotidien : « Ils me lancent “ferme ta gueule, sale arabe” », « c’est tous les jours “chinetoques, bol de riz” », « Ils m’ont dit “sale français” ». Mais l’astuce, c’est que les discriminations antisémites sont rapportées par un couple arabe, l’agression islamophobe par une jeune femme blonde, l’injure anti blanc par un vieux monsieur asiatique… avant de se conclure sur la citation de Lamartine répétée en écho : « Je suis de la couleur de ceux qu’on persécute ».
La vision de la vidéo nous laisse perplexes. Même si on la trouve de prime abord bien construite, un premier tour de table permet de comprendre que le décalage entre l’énoncé et l’énonciateur est destiné à souligner le fait que nous sommes tous, quelle que soit notre croyance, notre origine, notre couleur de peau, des victimes en puissance ou en impuissance du racisme. Mais est-ce bien ça le racisme ? Peut-on le réduire à des injures ? Peut-on mettre le racisme que les noirs subissent depuis des siècles, les massacres antisémites qui jonchent l’histoire de l’Europe sur le même pied d’égalité d’injures qui illustreraient le soi-disant racisme anti blanc ? Est-ce que ce genre de campagne n’occulte pas, plutôt, ce qu’est la vraie nature du racisme, c’est-à-dire un système de domination qui vise à classifier les individus, à produire une inégalité entre les hommes ? Peut-on penser que les Roms sont traités, dans leur ensemble, comme des citoyens dans nos sociétés ? Toutes ces interrogations nous confortent dans l’idée qu’il faut affiner notre discours et notre combat contre le racisme et que celui-ci ne peut pas être réduit aux injures entre individus considérés sur le même pied d’égalité.
Nous sommes partis la tête pleine, plus riche en réflexions, interrogations et surtout en amitiés. On se réjouit de remettre ça ensemble. Tout prochainement.

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