Ce jeudi 19 décembre, plus de 50 organisations ont participé au blocage du Sommet européen sur plus de cinq carrefours, dès 6h30 du matin. Malgré le froid et la pluie, entre 2000 et 3000 personnes1 déterminées se sont rassemblées afin de protester contre les nouvelles mesures d’austérité telles que le TSCG (Traité européen sur la Stabilité, la Coordination et la Gouvernance), le traité transatlantique et le réarmement de l’Europe.

Les JOC avaient déployé beaucoup d’énergie pour que cette action soit un succès. À Bruxelles, nous avions réuni une plate-forme des organisations de jeunesse afin de mobiliser au maximum. Nous avons aussi collé des dizaines d’affiches et plus de 2000 tracts dans toutes les Hautes Écoles de Bruxelles. Cet effort a été payant : plus de 300 jeunes, dont presque 75 jocistes, étaient présents sur le piquet avec les organisations de jeunesse.

La journée fut un franc succès pour une première action de cette alliance entre agriculteurs, travailleurs, chômeurs et mouvements politiques radicaux de gauche puisque les carrefours ont été tenus comme prévu avant que chacun de ceux-ci ne se détache pour rejoindre le cortège de manifestants. Aux alentours de 13h, les militants du dernier blocage, positionnés au croisement de la rue Béliard et de l’avenue d’Auderghem, ont rejoint la foule en direction du Sommet européen.

Bien entendu, un important barrage constitué de policiers, d’autopompes, de véhicules blindés et de chevaux de frise nous barraient la route. Vu l’incapacité de franchir ce premier barrage et, les forces gouvernementales en présence, nous avons décidé de redescendre au croisement de la Rue Belliard afin de nous rassembler pour remonter l’avenue de la Joyeuse Entrée le long du Cinquantenaire afin de tenter d’atteindre le rond-point Schuman devant le Conseil Européen. Là aussi, la route nous était de nouveau bloquée.

Les militants des JOC Bruxelles se sont alors rassemblés. Nous avons décidé ensemble de faire tout ce qui était en notre pouvoir pour tenter de bloquer pacifiquement les dirigeants qui désiraient se rendre au Sommet dans le seul but de préparer les nouvelles mesures d’austérité. Nous avons décidé de faire tout ce qui était en notre pouvoir pour tenter de bloquer pacifiquement les dirigeants qui désiraient se rendre au Sommet dans le seul but de préparer les nouvelles mesures d’austérité.

Pour prendre une telle décision spontanée, les jeunes militants se sont basés principalement sur les points énoncés par nos tracts, ainsi que sur des valeurs communes, à savoir que :

  • L’événement annoncé était un blocage. Il s’agissait donc de faire tout ce qui était en notre pouvoir pour tenter de le bloquer efficacement tout en évaluant notre rapport de force ;

  • L’événement annonçait l’action entre 7h et minuit. Les militants qui s’étaient préparés à tenir jusque là ne comptaient pas rebrousser chemin en début d’après-midi ;

  • Cela fait des années que les gouvernements prennent des décisions qui nuisent fortement au bien-être de leur propre population. La jeunesse ne peut continuer à reculer à la simple vue d’une rangée de « robocops », face à de telles mesures d’austérité qui détruisent tout espoir d’un avenir.

Nous avons donc pris la décision, en connaissance de cause, de remonter en marche soutenue par le parc du Cinquantenaire dans l’optique de contourner rapidement les cordons de police et de bloquer le passage aux voitures conduisant les dirigeants au sommet européen. Sortant du parc, nous nous sommes retrouvés confrontés à un carrefour, bloqué uniquement de policiers anti-émeutes.

Un camarade a reçu un premier coup de matraque en essayant de reprendre un conteneur qui avait été poussé pour nous protéger et tenter de forcer le barrage. S’en est suivie, une charge policière nous obligeant à reculer et à nous replier plus bas en aval de l’avenue de la Renaissance, en vue des manœuvres policières essayant de nous submerger et de nous confiner sur nos flancs, et derrière nous.

Un commissaire bien connu des militants bruxellois s’écria : « Tous contre le mur, ceux qui s’échappent se feront taper sur la gueule ! ». Nous sommes quelques uns à avoir pris spontanément la décision de nous laisser arrêter afin de ne pas mettre en danger notre sécurité, et celle des autres. Les autres sautèrent sur la rampe de pierre sur leur gauche, pour arriver 2 mètres 50 plus bas dans le sous-bois du Cinquantenaire et entamer une course-poursuite à travers le parc, avec les civils disposés en embuscade dans et autour de ce parc.

Ceux qui sont parvenus à fuir leur arrestation furent témoins de nombreuses agressions violentes de la part de policiers en civil, par exemple: une jeune militante pensant être à l’abri à l’entrée de la station Mérode et reprenant son souffle avant de prendre un métro, s’est vu asséner deux coups de matraque avant de s’effondrer et d’être colçonnée par un agent.

Pour ceux n’ayant pas pu fuir, les policiers les compressèrent contre un mur avec leurs boucliers avant de procéder à des arrestations individuelles. Les colçons, serrés autour de nos poignets, ont coupé la circulation et brûlé la peau de la plupart des militants. Un jeune homme qui faisait de la résistance passive, en  »faisant le mort », face aux ordres du commissaire s’est vu étranglé à deux reprises alors qu’il était assis par terre, passif et colçonné !

Après avoir passé onze heures au cachot, les militant-e-s ont finalement été relâché(e)s. En cellule, nous avons eu droit à un salut nazi de la part d’un policier qui, sous les rires de ses collègues, prétendait nous éduquer sur fond de musique militaire allemande. L’équipe de nuit a aussi coupé les lumières et les chauffages dans les cellules. Tout ceci montre que l’arrestation administrative et arbitraire de militants sert surtout à essayer de décourager et de contrôler, à travers la criminalisation et la répression. Nous sommes sortis de cellule fatigués, mais résolus à revenir mieux organisés et plus nombreux la prochaine fois.

Malgré les déclarations viriles du nouveau bourgmestre de Bruxelles et la tentative des dirigeants européens de nous ignorer, l’action fut un succès. Il a été impossible de nous ignorer et les revendications de l’alliance ont été mises en avant dans la presse. Les 2500 militants ne sont pas venus faire du symbolique : pendant sept heures, le quartier européen était à nous. Nous avions repris le pouvoir, la confiance était très grande et plusieurs blocages se sont rapidement étendus. Les réunions du Sommet européen ont été largement perturbées. Nous pouvons également supposer que certains parlementaires, marqués par l’action, aient changé leur voix pour le vote du TSCG, le lendemain. L’action fut un succès. Il a été impossible de nous ignorer et les revendications de l’alliance ont été mises en avant dans la presse.

Cela constitue une base très importante pour la suite ! Rendez-vous le 15 mai pour l’encerclement du Sommet de Business Europe (fédération des patrons européens) qui prétend dicter la future politique de l’Europe, dix jours avant les élections.

Non à l’Europe du Capital. Oui à l’Europe des peuples !

1Selon les estimations à la fin de la mobilisation