Lorsque Jean-Christophe Defraigne nous a proposé de co-organiser une conférence sur la montée de l’extrême droite en Europe, nous avons su que c’était là à coup sûr une belle opportunité. Nous pensions déjà que s‘informer et être au courant des subtilités de l’histoire était important pour mener nos luttes à bien.

Il est évident que nos cours d’histoire de l’enseignement secondaire, et même ceux de l’université, ne sont pas autant conséquents que nous le voudrions, et Mr Defraigne le savait.
Ainsi, tout au long de trois mercredis soir, il nous a proposé de retracer l’émergence des mouvements de l’extrême droite pour tenter de tirer des conclusions sur notre situation actuelle…

Au XIXe siècle, l’extrême droite est formée par ceux qui ont perdu le prestige de classe à cause du capitalisme naissant. Les différents groupes sociaux intéressés sont principalement de petits artisans, commerçants, paysans propriétaires, etc. Ils perdent leur statut et sont alors marginalisés. Cette petite bourgeoisie aurait souhaité un retour en arrière, vers l’Ancien Régime, pour pouvoir récupérer son prestige. À ce stade, c’est en fait le côté cosmopolite du capitalisme qui dérange ; l’extrême droite voudrait un capitalisme mais national.
Ensuite vient la période de la Grande Dépression et du colonialisme. Les puissances européennes doivent faire face à la crise financière et une trop grande capacité de production.
Au départ, la colonisation est vue comme un moyen d’apaiser les luttes sociales qui menacent de surgir dans une période de forte tension économique. Par exemple, au sud de l’Europe, on avait trop de main- d’oeuvre, ce qui pouvait créer des révoltes. La colonisation sera nationaliste et raciste, dans le but de trouver une certaine légitimation auprès de la population. Celle-ci acceptera assez facilement que le racisme s’ancre dans les valeurs de la vie de tous les jours, ce qui est notamment facilité par les scientifiques comme les artistes.
C’est donc bien dans les idéologies colonialistes que l’extrême droite actuelle a pris racine : on peut voir que certains membres du FN sont en lien direct avec certaines pratiques coloniales.
De 1917 à 1923, c’est le trouble d’un point de vue à la fois politique et économique : l’Allemagne perd ses colonies et son prestige avec un diktat imposé par les Alliés (dette de réparation et occupation militaire pour forcer cette dette).

Après que la Première Guerre mondiale a dévasté toute l’Europe, l’esprit révolutionnaire d’extrême gauche l’atteint. Vu le désastre que la guerre avait laissé sur son passage, beaucoup sont séduits par une révolution à l’image de celle de la Russie.

De là, naîtront les FreiKorps, les premiers groupes d’extrême droite , composés d’anciens militaires ayant pour but de lutter contre les communistes (Spartakistes1).
Dès la crise de 29, issue des États-Unis, la détresse économique et sociale s’accentue en Allemagne : les autres pays européens tiennent le coup grâce à leurs colonies notamment. Mais à la fin de la guerre, l’Allemagne n’a plus de colonies, et c’est ainsi qu’elle se voit dirigée – telle une marionnette – par le reste des puissances européennes et les États-Unis.
Les résultats électoraux de 1928 méritent également notre attention : à ce moment-là, le parti nazi est très faible et marginal, davantage que les socialistes ou les communistes par exemple. Mais dès 1930, il devient de plus en plus important, au fur et à mesure que la crise avance. En novembre 1932, ils sont en déclin (34 % au lieu de 37%), mais les nazis arrivent au pouvoir en janvier de l’année suivante. Et c’est en faisant coalition avec la droite catholique qu’ils parviennent à évincer le communisme qui, lui, voyait monter ses scores.
La puissance industrielle capitaliste servant l’extrême droite et inversément, les grands dirigeants d’entreprises allemandes interviendront dans les élections, notamment via le financement du parti nazi.

Il y a toujours des assassinats de militants syndicaux ou de gauche. Les organisations d’extrême droite militaire sont issues des FreiKorps : SA (“Chemises brunes” : 3000, de tous horizons sociaux), “Casques d’acier” (plutôt associés aux monarchistes) et SS (auxiliaires de l’appareil d’État et subordination de la police).

Il y aura des centaines d’assassinats de communistes et la suppression du parti.
Les nécessités de la guerre et des entreprises capitalistes détermineront alors comment auront lieu les exterminations : on se rendra compte que la guerre n’est pas si courte que prévue, donc l’Allemagne devra passer à ce qu’on appelle la “guerre totale” en demandant plus de sacrifices à la population et du travail forcé pour l’effort de guerre.
À la fin de la Seconde Guerre mondiale, on retrouve à nouveau une force communiste. Néanmoins, au fur et à mesure que le système communiste se démocratise et s’impose, il en vient à violer tous les principes de base du communisme avec une différenciation des dirigeants de l’appareil d’État. Tous les partis communistes de l’Europe suivent la ligne directrice de Moscou car ils idéalisent fort ce qu’il s’y passe.

Ainsi, c’est un regard critique et une analyse plutôt économique de la guerre que nous a proposée J.-C. Defreigne.

Plus on avance dans le temps, plus on peut se rendre compte que la dynamique reste la même, même s’il existe une diversité au sien des mouvements d’extrême droite : ce n’est pas vraiment une question géographique, religieuse ou culturelle, mais bel et bien socio-économique. L’extrême droite a toujours joué sur le nationalisme (tradition figée, conservatisme, mythe nationaliste (ethnie, nation, race)) pour nier les tensions entre les classes sociales. On ne peut donc pas dire qu’elle soit révolutionnaire ; elle a pu changer l’ordre politique, mais pas l’ordre social.
Cela se vérifie encore dans les cas plus contemporains, par exemple, à la sortie de l’Espagne franquiste, lors de la révolution chilienne ou en Iran.