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Retour de voyage: Au pays de la teranga

Après plusieurs mois de préparation, nous effectuons enfin ce voyage tant attendu au Sénégal. Dix jours à profiter de la chaleur du pays et des choses qu’il a à offrir. Et bien non, ce n’est pas un voyage touristique, mais plutôt un voyage d’immersion avec l’ONG du MOC, We Social Movements. Au programme, découvertes des réalités économiques, sanitaires, sociales et culturelles par des rencontres avec la population locale et les différents acteurs de la société. C’était bien différent de ce qu’on imaginait. Nous avons enchaîné rencontre sur rencontre, réunion sur réunion. Cela pouvait être assez éprouvant par moment, mais c’était tout de même enrichissant.
Si on doit résumer ce voyage en un seul mot, ce serait certainement: “Teranga”. La teranga, cette hospitalité qui caractérise le peuple sénégalais et qui nous a accompagnés durant tout notre séjour. Je dirais même que la teranga c’est bien plus que cela, c’est aussi une solidarité à toute épreuve et à tous les niveaux. Elle est à la base du développement dans une société fortement précarisée.
Très vite, nous avons pu prendre conscience de la pauvreté qui règne dans le pays. Dès notre première sortie, on a rencontrée des dizaines d’enfants munis d’un petit récipient, arpentant les rues de la ville. Ces enfants sont des talibés. Notre guide nous explique que ce sont des garçons âgés entre 5 et 15 ans confiés à un marabout, au Sénégal c’est un homme qui se charge de l’éducaiton religieuse. Ce sont souvent des enfants issus de familles très pauvres, dont les parents n’arrivent pas à subvenir à leurs besoins primaires. Ces jeunes garçons passent des heures dans la rue à mendier afin de se nourrir.
Quant aux enfants atteints d’un handicap, ils sont considérés comme une honte pour la famille. Ils sont cachés à la maison et exclus de la société, car une légende dit qu’ils sont le fruit d’une malédiction. Cette croyance est de plus en plus délaissée grâce à des campagnes d’information qui expliquent les causes réelles de handicap. Les principales causes identifiées sont les complications durant la grossesse, mais aussi la consanguinité. En effet, le mariage entre cousins et cousines est fréquent au Sénégal.
Les enfants les plus chanceux vont à l’école. Loin de la technologie qui envahit les salles de classe de notre pays, l’infrastructure et le matériel pédagogique sont très sommaires; des bouquins et un tableau. Par contre, chose très surprenante, l’entrepreneuriat est enseigné dès l’école primaire, alors qu’en Belgique, elle n’est enseignée que dans certains cursus d’études supérieures.Au Sénégal, il n’y a que très peu d’emplois. La pluspart des personnes doivent lancer leurs propres activités économiques.
C’est dans cette optique que l’Association Jeunesse Espoir, accompagne la jeunesse sénégalaise dans la formation professionnelle et entrepreneuriale. Le point faible, c’est le manque de diversité dans les formations. Ce sont toujours les mêmes champs d’activités qui sont proposés: la couture, la coiffure, l’agriculture, etc. Tout le monde est formé à faire les mêmes métiers, ce qui ne résoudra pas le problème de l’emploi, malgré la présence de réelles opportunités entrepreneuriales. Par exemple, il aurait été intéressant de proposer des formations dans le domaine de la gestion et du traitement des déchets. Ce champ d’activité serait innovant et ouvrirait de nouvelles perspectives d’emploi, tout en apportant une solution à la pollution omniprésente de l’environnement.
L’âge moyen au Sénégal est de 19 ans. Une population jeune, mais sans emploi. Ce qui est interpellant, c’est que 80% du monde du travail au Sénégal fait partie du secteur informel, ce sont des travailleurs qui ne sont pas reconnus par l’État. Le secteur de l’informel est plutôt caractérisé par des emplois de “débrouille”. Vous n’y verrez certainement jamais un comptable mais plutôt des vendeurs d’arachides, de mouchoirs ou de bananes. En réalité, c’est le seul moyen que ces gens ont trouvé pour gagner un peu d’argent.
Alors qu’il y a déjà un réel problème d’emploi, le gouvernement sénégalais a permis à la Chine d’implanter ses entreprises dans le pays et de s’approprier une partie du port de Dakar. De quoi accentuer la précarité financière des travailleur·euses. Un artisan nous a expliqué que sa seule source de revenus était sa fabrication de vanneries. Depuis l’arrivée de ces entreprises, il a vu son chiffre d’affaires diminuer considérablement, car elles se sont mises à produire également des vanneries qu’elles vendent moins cher.
Face au manque de soutien de l’État, les jeunes d’AJE se sont organisés afin de mettre toutes les chances de réussite de leur côté. Ils ont créé des coopératives par secteur d’activités afin de mettre en place un système de crédit qui permettrait à chacun de lancer son projet. Sans cette solidarité, beaucoup d’entre eux n’auraient pas pu trouver le financement nécessaire.
Les femmes suivent également ce modèle de solidarité. Elles cotisent entre elles afin que chacune puisse acheter une parcelle de terre à cultiver et ainsi lutter contre l’exode rural. Ces rencontres nous ont permis d’appréhender de nouvelles perspectives sur notre modèle économique et nous ont vu qu’il est possible de créer un système de financement solidaire, ce qui nous donnerait un début d’alternative aux banques capitalistes.
Cette solidarité semble être quelque chose d’inné au Sénégal. C’est impressionnant. Même au niveau des mutuelles de santé, c’est la solidarité qui prime. Il faut savoir que la souscription à une mutuelle de santé n’est pas obligatoire et que la quasi-totalité de ceux et celles qui y travaillent sont bénévoles. En plus de leurs tâches administratives, ces bénévoles prennent le temps de faire du porte-à-porte dans les villages pour expliquer à la population la nécessité de souscrire à une mutuelle.
Ces comportements reflètent une profonde synergie entre les habitants. Notre expérience à Lalane nous permet d’en témoigner. Ce village chrétien nous a accueillis avec générosité et bienveillance. Notre premier contact avec nos hôtes s’est fait autour d’un bon repas. Ils se sont souciés de nous préparer un plat halal pour les musulmans du groupe. Bien que c’était surprenant pour nous, de leur point de vue, c’était tout à fait banal. À la fin du repas, ils ont même proposé un tapis afin d’accomplir la prière.
C’est une véritable leçon que nous a enseigné ce séjour. En voyant le manque d’infrastructures du pays, nous nous attendions à un échange unilatéral venant de nous. Cet a priori a été rapidement déconstruit dès nos premières rencontres. Pour vous immerger, vous aussi, au pays de la Teranga, venez découvrir notre exposition photo.

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