Climat: le terreau des luttes

40 ans après les premières alertes scientifiques, deux symptômes ultimes de l’épuisement des ressources naturelles sont aujourd’hui au coeur des mobilisations: la 6ème crise d’extinction de la biodiversité et le changement climatique. Pourquoi s’organiser sur tous les fronts contre ce dernier ?

Très pragmatiquement : il nous reste une vingtaine d’années pour éviter un dépassement des seuils d’équilibre climatique, irréversible, qui bouleverserait les sociétés dans leur forme actuelle. « Tant mieux, cela ne fera qu’accélérer la révolution » diront certains. Mais la situation est autrement plus grave : avec un épuisement du pétrole, des minerais, des engrais etc, c’est l’ensemble des systèmes d’approvisionnement en eau, électricité, alimentation qui sera détruit. Se pose alors la question des conditions matérielles nécessaires à la création d’une autre société : sur quelles richesses, sur quelles bases matérielles pourrait-elle se développer ? Aujourd’hui, nous devons agir pour simplement avoir encore la possibilité de lutter pour nos droits et pouvoir mettre en place la société à laquelle nous aspirons.

A des degrés divers de radicalité et de politisation, les mois prochains vont être le théâtre d’une grande mobilisation contre le changement climatique et le système extractiviste capitaliste qui nous mène aujourd’hui dans le mur. Du 29 novembre au 13 décembre prochain, à Paris, des centaines de milliers de personnes viendront manifester lors des négociations internationales onusiennes (appelées COP, conference of the parties) devant donner suite au protocole de Kyoto. Blocages de lobbies et d’institutions capitalistes sont également à l’ordre du jour. Ces deux semaines seront l’occasion de montrer qu’un véritable rapport de force est en train de se construire, que les différents groupes en présence (syndicats, ONG, autonomes, collectifs divers) reconnaissent leurs différences pour mettre ensemble un grain de sable dans la machine… avant de former un poing qui viendra taper sur le bouton d’arrêt. Néanmoins, même les représentants d’ONG conventionnelles le reconnaissent : les grandes messes onusiennes ont fait leur temps et se trouvent incapables d’accoucher d’un accord menant à un véritable changement. Et pour cause : comment demander à des institutions d’attaquer efficacement un problème qui demande de revoir totalement l’organisation de notre société et son modèle économique, dont elles sont elles-mêmes issues ? Les négociations onusiennes sur le changement climatique souffrent de plusieurs tares, incurables : elles ne permettent pas de rééquilibrer le rapport de force entre « petits » et « gros » Etats, entre petits et gros acteurs économiques ; elles s’inscrivent dans un cadre où l’accord tacite des plus grands défenseurs du capitalisme- l’Organisation Mondiale du Commerce et le Fonds Monétaire International- est nécessaire ; elles cherchent à intégrer la contrainte « dégradations environnementales » au marché, se plaçant délibérément dans une optique libérale. Comment donc pourrait-on attendre de la future COP (21ème) qu’elle se libère des lobbies qui la sponsorisent (LVMH, Suez Environnement…) et se détache de ce terreau capitaliste qui l’a fait naître, pour attaquer le problème à la racine ? Il est essentiel d’être bien lucide à ce sujet avant de se rendre à Paris, pour éviter une violente désillusion engendrée par des espoirs réformistes et la sape de la volonté de changement d’une grande partie de la population, comme ce fut le cas à Copenhague en 2009. Le piège serait de faire de la COP 21 l’apogée de la mobilisation contre le changement climatique. Pour éviter cela, il faut œuvrer dès maintenant -et surtout après décembre- dans plusieurs directions : la première, dénoncer le verdissement du capitalisme et des
multinationales qui tentent de sauter sur l’aubaine « développement durable » pour asseoir leurs richesses et leur emprise sur les hommes et l’environnement qu’elles pressent jusqu’à la dernière goutte – c’est ce qui sera fait à Paris à travers des actions directes non-violentes et une mobilisation de masse- ; la deuxième, suivre et pousser une multitude d’initiatives qui se mettent en place dans les domaines de la vie quotidienne, de l’énergie à la mobilité, afin d’éviter qu’elles tombent dans l’anecdotique et gardent à l’esprit la nécessité de pouvoir un jour, « faire système ».

Ces deux mouvements sont ceux qui tiraillent tout engagement : résister, dénoncer, s’indigner d’un côté, et construire de l’autre pour montrer que oui, il y a bien des alternatives. Du blocage d’une mine de charbon, à la solidarité d’un piquet de grève ou envers les réfugiés, en passant par des systèmes de trocs et d’échanges entre voisins, autant de signes de frémissement vers… ce que nous en ferons ! La lutte contre le dérèglement climatique a le mérite de rappeler quotidiennement la nécessité d’un changement global de système (réorganisation de l’industrie, de la production…), ainsi que la première des évidences : personne ne vit hors sol. Sans eau potable, sans nourriture, sans énergie, pas d’avenir et encore moins de transformations sociales. Si des plans d’austérité et des gouvernements peuvent être renversés, les ravages infligés à la planète par les exploiteurs en tout genre sont eux irrémédiables. Plus que pourrir notre vie, ils se gavent aussi en tuant notre futur.

C’est à nous de refuser le monde qu’on tente de nous imposer,de refuser d’être voués à survivre sur des terres arides exploitées jusqu’au dernier grain. C’est à nous aussi, de faire le lien entre l’exploitation de l’homme et celle de la planète et de redoubler d’efforts pour mener ces deux combats de front, sans hiérarchisation.