Au-délà de la forteresse: les migrants abattent les cartes de l’europe

Il n’est pas exagéré de dire que les réfugiés et les migrants ont réussi à faire ce que nous ne sommes pas encore parvenus jusqu’à présent: contester sérieusement la politique européenne.

Des îles grecques à la frontière autrichienne, la mobilisation et la persévérance des migrants ont surmonté tous les murs et les clôtures érigées par les gouvernements européens. Ils ont réussi à ouvrir un débat politique et institutionnel sur les politiques d’asile et de migration européennes. Alors même que les gouvernements européens nous offrent un spectacle honteux d’égoïsme sur fond de dispute regardant les quotas de réfugiés à accueillir ou pas, de l’espace Schengen à fermer ou pas; nous ne pouvons que nous réjouir de cette émergence des migrants et des réfugiés eux-mêmes comme de véritables acteurs poli- tiques en Europe. Nous nous réjouissons également de la recrudescence de la solidarité transnationale entre les citoyens européens. Partout sur le continent, des personnes se mobilisent pour accueillir les réfugiés, ils ouvrent leurs maisons, ils mutualisent de la nourriture, des vêtements, des médicaments, ou les aides à passer les frontières. D’innombrables bénévoles et activistes soutiennent les réfugiés comme on peut le voir sur le camp du parc Maximilien à Bruxelles. Après des années d’escalade de rhétorique raciste, cette solidarité n’était pas nécessairement évidente.

Cette double pression, celle des migrants et des européens solidaires, a commencé à bouleverser les récits médiatiques toxiques et racistes autour des phénomènes migratoires. Au-delà de la solidarité humanitaire, nous devons continuer à remettre en question les institutions politiques qui imposent ces frontières meurtrières. La “crise humanitaire” ne peut être séparée du débat politique. La crise à laquelle l’Europe fait face, c’est celle de la frontière, de la déshumanisation systématique et délibérée des non-Européens, quelles que soient les circonstances et les raisons qu’ils ont pour se déplacer. L’effusion de sympathie, la solidarité, la colère et la douleur sont en train de briser les fondations mentales de l’Europe Forteresse. À nous désormais, de transformer cette émotion en un motif d’organisation efficace et à long terme d’une solidarité renouvelée avec tous ceux qui sont op- primés pour abattre définitivement les murs qui nous séparent.