Si la Belgique est moins touchée que certains pays du sud de l’Europe, elle applique de plus en plus, ces mêmes méthodes qui ont déjà prouvé leur inefficacité. Le chômage des jeunes atteint plus de 20% en Belgique, avec des pointes à plus de 30% dans certaines régions (Bruxelles, Charleroi…). La proportion de jeunes parmi les chômeurs y est la plus élevée d’Europe. Une proportion plus haute qu’en Grèce. En d’autres termes, en Belgique, on a 2,9 fois plus de chance d’être chômeur si on a moins de 25 ans (contre 2,8 fois plus en Grèce, et 1,4 fois plus en Allemagne…)
Une autre caractéristique de l’emploi des jeunes est la part importante d’emplois temporaires (intérim, cdd, titre service…) que ceux-ci occupent [étude de la FTU sur l’emploi intérimaire/temporaire, novembre 2012].
En effet :
• Les jeunes sont surreprésentés au niveau de l’intérim et du travail temporaire. Près d’un jeune sur trois qui travaille occupe un emploi temporaire.
• La proportion des jeunes dans l’intérim est très importante. Elle a toutefois baissé pendant les années de crise 2009- 2010, ce qui confirme que l’emploi des jeunes est devenu une variable d’ajustement en cas de crise.
• En quinze ans, l’intérim a plus que doublé son volume d’activités.

D’un coté, la flexibilité, dont l’intérim est l’exemple le plus frappant, consiste à ne jamais savoir quand son contrat va s’arrêter. De l’autre, l’Activation du Comportement de Recherche d’emploi (ACR) vous force à chercher le contrat suivant. Ensemble, ces deux termes, issus de la novlangue néolibérale, forment un couple très dynamique. L’un met le travailleur sous pression en le soumettant à l’insécurité permanente de son emploi. L’autre met le chercheur d’emploi dans l’obligation d’accepter n’importe quel travail sous peine de perdre son revenu de remplacement.
La réforme du stage d’insertion : un nouveau désastre !

Ces réformes du marché du travail et du droit au chômage n’ont pas suffi ! Notre gouvernement a décidé de viser particulièrement les jeunes. Dernières attaques en date: la réforme du stage d’insertion et la limitation dans le temps de l’allocation d’insertion obtenue sur base des études. Pour ouvrir tes droits complets au chômage, tu sais que tu dois travailler un certain laps de temps. Toutefois, en Belgique, il existe une possibilité de toucher une allocation réduite sur base de tes études, c’est l’allocation d’insertion, anciennement l’allocation d’ attente. Alors que le chômage des jeunes n’a jamais été aussi élevé et que de nombreux jeunes sont déjà condamnés à survivre avec cette allocation réduite, faute d’avoir trouvé un travail assez stable et durable pour ouvrir leur droits complets à l’allocation de chômage, les partis du gouvernement ont décidé de restreindre drastiquement ce droit à l’allocation d’insertion.
Une insertion à conquérir !
Le stage d’attente s’appelle désormais le « stage d’insertion ».
Ce nouveau nom laisse directement penser : « Waouww, c est une avancée !
On ne va plus me laisser en plan pendant neuf mois, mais on va m aider à m’insére sur le marché de l’emploi ! »

Au contraire, tu vas attendre plus longtemps, car ce stage est passé à 12 mois. De plus, ce qu’ils appellent «insertion» est plutôt un contrôle permanent qui modifie un droit qui était considéré comme acquis sur base de ton diplôme en un droit à conquérir sur base du jugement par l’ONEM de ton comportement de recherche d’emploi. Tu seras en effet évalué au cours de ce stage et, sans deux évaluations positives et consécutives, tu n’ auras plus droit à ton allocation d’insertion !

Une exclusion définitive !

De plus, ce droit est maintenant limité dans le temps (à trois ans maximum). Conséquence : au 1er janvier 2015, on peut s’attendre à plus de 55.000 personnes en Belgique, en majorité des jeunes et des femmes, qui seront définitivement exclues du chômage. La moitié de ces gens, isolés ou chefs de ménage, pourront faire une demande au CPAS pour obtenir un revenu d’intégration sociale (RIS). L’autre moitié de ces personnes, les cohabitants (une majorité de femmes), seront tout simplement exclus de tout revenu légal et devront se tourner vers la solidarité interpersonnelle, le marché noir ou la criminalité. C’est un détricotage en règle de la solidarité et de la sécurité sociale qui est en marche. Les communes devront supporter 40% des coûts de ces nouveaux RIS. Cette mesure risque de renforcer la ghettoïsation des communes entre des communes toujours plus riches et égoïstes et des communes toujours plus pauvres et solidaires.
Une mesure ni économique, ni efficace, mais simplement idéologique !

Depuis la chute des banques et leur sauvetage avec l’argent public, le gouvernement nous répète à longueur de journée que tout le monde doit se serrer la ceinture et qu’il va falloir payer un crise que nous n’avons pas commise alors que les responsables ont été renfloués avec notre argent et continuent de spéculer contre nous. On nous parle de mesures budgétaires
« indispensables ». Soulevons un peu cet argument pour voir ce qu’il cache.

• La limitation de l’allocation d’attente dans le temps provoquera une économie brute de 247 millions au niveau du chômage mais un coût de 165 millions pour les CPAS et une baisse de rentrées TVA de 12 millions. L’économie réelle et globale à l’échelle de la Belgique n’est donc que de 70 millions d’euros alors qu’elle va mener à l’exclusion de 30.000 personnes en Wallonie parmi lesquels environ 15.000 d’entre elles, ne pourront pas se tourner vers les CPAS [document FGTB].

• Plus pervers encore, l’État a déjà budgétisé une économie correspondant à 17.000 entretiens négatifs et prolongations de stages, pour la réforme du stage d’attente en stage d’insertion. Voilà une manière d’avouer que le but de la réforme est d’exclure les jeunes du chômage au plus vite plutôt que de les insérer sur le marché de l’emploi. Derrière l’argument budgétaire, il y a doncune mesure idéologique et structurelle destinée à détricoter la sécurité sociale et à précariser l’emploi. Ce nouveau modèle va provoquer une appauvrissement généralisé d’une partie de la société. C’est pour cette raison que la JOC-JOCF porte une attention particulière à ces questions et commence à mener une réflexion avec d’autres mouvements sur la stratégie à mener pour faire cesser ces attaques, comme pour faire reculer le gouvernement et le patronat.